Rubis trapiche au verre au plomb

Revue de Gemmologie A.F.G., vol. 175, p. 5 O. Ségura (2011)

Depuis 2004, le traitement des corindons (rubis principalement) par remplissage des fractures au verre au plomb ne cesse de se développer. Développement technique certes, avec l’apparition de verres qui ne montrent plus d’effet flash bleu/orange. Mais aussi développement quantitatif par le nombre de pierres traitées sur le marché et la découverte de nouvelles productions se prêtant particulièrement bien à ce traitement, notamment au Mozambique.

Aujourd’hui, un nouveau type de développement apparaît sur le marché des gemmes qui n’étaient jusqu’alors pas concernées par ce traitement.

Au mois d’août 2010, l’auteur a acquis un rubis trapiche de 20.37 ct, translucide, sur le marché de Chanthaburi (Thaïlande). Le vendeur a précisé que la pierre était originaire du Mozambique et qu’elle était traitée par remplissage des fractures au verre au plomb. D’autres vendeurs rencontrés plus tard proposent également des rubis trapiches non traités, de grande taille (jusqu’à 181 ct), qu’ils disent provenir de la région de Nzérékoré en Guinée (Afrique de l’Ouest), une zone non encore connue pour ce type de matériau.

 

Rubis trapiche de 20.37 ct, vendu comme rubis traité par verre au plomb, photo O. Segura.

Sur notre échantillon on voit clairement une figure classique de trapiche, avec six secteurs séparés par une limite d’aspect différent. On y observe aussi des zones de croissance hexagonales typiques des corindons. A la loupe x10, on distingue facilement de nombreuses bulles qui témoignent du remplissage des fractures par un matériau fluide au moment du traitement.

Les propriétés gemmologiques sont cohérentes avec celles du rubis : IR = 1.755-1.770 ; densité = 3.95 ; pierre inerte aux ultraviolets à 254 nm et rouge à 365 nm ; le spectre est classiquement celui du rubis (raie d’absorption  à 693 nm, bande d’absorption importante dans le jaune et le vert aux environs de 500 nm à 610 nm environ, 2 raies d’absorption dans le bleu  à 468 nm et 476 nm, et absorption du violet).

L’examen au microscope confirme la présence de nombreuses fissures remplies avec un matériau possédant les propriétés du verre. Elles se distinguent en lumière réfléchie par un éclat plus mat et sont souvent assez larges. Ceci laisse présager un remplissage très important de la pierre.  Il y a beaucoup de bulles emprisonnées dont certaines parfaitement sphériques, ce qui indique que les volumes à remplir étaient importants, permettant à la bulle de se développer librement, sans être aplatie.

 

L'observation en lumière réfléchie montre un remplissage important de la pierre (x10),
 photo O. Segura.

Nombreuses bulles sphériques emprisonnées, signe du volume important à remplir. On remarque également la présence d'inclusions naturelles (x20). Photo O. Segura.

Des inclusions naturelles de cristaux sont également visibles en grand nombre, il s’agit probablement d’apatite. Les figures du trapiche sont de couleur blanche et d’aspect soyeux, bien régulier et homogène.  Nous sommes donc en présence d’un seul cristal et non d’une pierre reconstituée, malgré l’abondance du verre.

A notre connaissance, les rubis trapiches en provenances du Mozambique sont beaucoup plus rares et d’une taille beaucoup plus importante que ceux que l’on trouve en Birmanie, notamment dans la région de Mong Shu.

On peut donc augurer que l’exploitation poussée des gisements du Mozambique, découverts depuis début 2009, fournira à l’avenir des rubis trapiches de belle taille.

Olivier Segura, gemmologue, responsable du Développement, Laboratoire Français de Gemmologie