Alerte aux diamants synthétiques bruns dans des lots de diamants mêlés

27.07.2017

Le Laboratoire Français de Gemmologue, LFG, vient de détecter deux diamants synthétiques fabriqués par la méthode de dépôt chimique en phase gazeuse (Chemical Vapour Deposition CVD) dans un lot de 6400 diamants mêlés bruns. Les dimensions des pierres synthétiques sont de 13/10ème et 15/10ème de mm.

Ce lot a récemment été acheté en Inde et nous a été déposé pour l’analyse de leur nature (naturelle ou synthétique). Ce n’est pas la première fois que des diamants synthétiques sont découverts dans des lots de diamants mêlés de couleur. Des diamants synthétiques sont régulièrement découverts dans des lots de diamants mêlés jaunes (Hainschwang, 2014). Mais ces diamants synthétiques sont principalement des diamants synthétiques créés par la méthode haute pression haute température (HPHT) en présence de solvant métallique. Il s’agit donc de la première détection au LFG de diamants synthétiques de couleur brune créés par dépôt chimique en phase vapeur (chemical vapour deposition CVD).

Ces diamants synthétiques CVD ont des propriétés peu courantes en comparaison aux autres diamants synthétiques CVD. D’une part leur couleur est brune intense avec une nuance jaune à orange ce qui est inhabituelle comparé aux CVD précédemment étudiés au LFG. En spectrométrie infrarouge, ces diamants synthétiques sont de type IIa avec des bandes liées aux centres N-H à 3123 cm-1. Ce centre lié à l’hydrogène est rencontré seul dans les diamants synthétiques CVD (Zaitsev, 2001). Il a déjà été répertorié dans les diamants riches en hydrogène de type Ia (Fritsch et al., 2007), mais toujours accompagné le système à 3107 cm-1 lié à l’hydrogène. En imagerie de luminescence DiamondView™, ils présentent une luminescence orange liée aux centres N-V. Aucune morphologie de croissance propre aux diamants synthétiques CVD comme des stries parallèles n’a pu être mise en évidence, peut-être due à la petite dimension des pierres. En spectrométrie de photoluminescence à température de l’azote liquide avec des lasers d’excitation à 325, 514 et 633 nm, les spectres sont dominés par une luminescence liée aux centres N-V à 575 et 637 nm. Le centre Si-V (doublet à 736 et 737 nm) caractéristique des diamants synthétiques CVD est absent de ces synthèses. Le centre GR1 à 741 nm est aussi absent, alors qu’il est très courant dans les diamants naturels de type IIa. Des émissions à 389, 533, 563, 596 nm déjà documentées dans des diamants synthétiques CVD (Zaitsev, 2001, Eaton-Magaña et Shigley, 2016) sont aussi présentes dans ces deux diamants qui proviennent donc peut-être du même producteur de diamants synthétiques. Du fait de leur couleur et de la présence d’émissions qui auraient disparues après un traitement HPHT, nous pouvons considérer que ces diamants ont été taillés directement dans un brut de diamant synthétique CVD non traité après sa croissance.

Ces deux diamants synthétiques CVD feront l’objet d’une note plus approfondie dans un journal spécialisé.

 

Bibliographie | Bibliography :

 Eaton-Magaña S., Shigley J.E., 2016, Observations on CVD-grown synthetic diamonds : a review, Gems & Gemology, Vol. 52, N°3, pp. 222-245

 Fritsch E., Hainschwang T., Massi L., Rondeau B., 2007, Hydrogen-related optical centers in natural diamond : an update, New Diamond and Frontier Carbon Technology, Vol. 17, N°2, pp. 63-89

 Hainschwang T., 2014, First CVD synthetic diamond discovered in a parcel of natural melee-sized diamonds, Journal of Gemmology, Vol. 34, N°4, pp. 300-302

 Zaitsev A. M., 2001, Optical properties of diamond, A data handbook, Springer-Verlag éditions, Berlin, 502 pages.

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